Sur les épaules d’un géant

Carl Rogers ( 1902 – 1987)  est reconnu comme l’un des psychologues les plus influents du 20ème siècle.

Originaire de Chicago, il fait partie des principaux fondateurs du courant de la psychologie humaniste (avec notamment Abraham Maslow, Elias Porter, Fritz Perls, Thomas Gordon, Marshall Rosenberg…).Il est aussi considéré comme l’un des pères du « développement personnel ».

Il a mis en œuvre une méthode d’accompagnement thérapeutique appelée « approche centrée sur la personne ».

« La vie, dans ce qu’elle a de meilleur, est un processus d’écoulement, de changement où rien n’est fixe. »

Chacun a les capacités de se prendre en charge et de trouver en soi les ressources nécessaires au changement et à l’amélioration. On ne peut pas faire le chemin à la place de l’autre. Le thérapeute, le pédagogue ou le coach ne peut qu’accompagner l’autre dans son cheminement et faciliter son apprentissage.

L’approche humaniste repose donc sur la confiance dans les ressources de chacun, la responsabilisation individuelle et le respect de l’autonomie des personnes.

Ce courant de pensée, dont Carl Rogers fut l’un des plus grands contributeurs, s’est construit au milieu du 20ème siècle, en réaction et en complémentarité des deux courants de la psychologie alors dominants : le comportementalisme (Watson, Skinner…) et la psychanalyse (Freud, Lacan…).

Rogers considère que la personne qui établit une relation d’aide doit préalablement développer des savoir-faire et des savoir-être incontournables. Au-delà des « techniques » d’accompagnement (comme « l’écoute active »), une grande importance est surtout accordée aux « attitudes facilitatrices » :

1- Une considération positive et inconditionnelle. C’est un élément central, qui permet à la personne que l’on souhaite aider de se sentir acceptée sans jugement, d’être en sécurité dans la relation et de pouvoir plus facilement activer ses ressources et son autonomie.

2- Une relation empathique, grâce à l’écoute, à la reformulation, à l’attitude compréhensive.
« Percevoir de manière empathique, c’est percevoir le monde subjectif d’autrui « comme si » on était cette personne, sans toutefois ne jamais perdre de vue qu’il s’agit uniquement d’une analogie. »
Pour autant, il est nécessaire de veiller à ne pas s’identifier à l’autre ce qui empêcherait la distance nécessaire pour établir une relation d’aide respectueuse. C’est un subtil équilibre entre une trop grande implication personnelle et une neutralité froide et distante. L’empathie crée une communication chaleureuse qui permet et encourage la responsabilisation, l’autodétermination.

3- La congruence pour guider la relation d’aide :La congruence est la cohérence entre les pensées, les ressentis, les paroles, les actions et les buts. Etre « congruent » permet d’exprimer une forte authenticité personnelle et crée la confiance, base de toute relation positive et durable. Pour Rogers, c’est en étant soi-même, en s’acceptant tel que l’on est, avec ses imperfections, que l’on devient alors davantage capable de changer, de croître, de gagner en maturité.

A partir de ces attitudes-clés, Rogers a ensuite expérimenté très finement leur influence et leur efficacité dans la relation thérapeutique, les stratégies de résolution de problème et l’accompagnement au changement.

Carl Rogers s’est aussi passionné par la pédagogie et particulièrement les méthodes actives et basées sur l’expérimentation (pédagogie dite « non-directive », « active » ou « expérientielle »).

La pédagogie « rogérienne » considère qu’on ne peut pas tout prévoir à l’avance et qu’il faut donc garder une certaine flexibilité dans la planification, afin de garder des marges de manœuvres et de s’adapter à la réalité des besoins des apprenants.

Apprenants et enseignants sont « co-responsables » des progrès et des apprentissages. Plus la personne qui apprend a des initiatives plus elle est impliquée et motivée. L’enseignant (ou le formateur) est principalement un « facilitateur » (écoute, relation de confiance, considération, valorisation, matériel pédagogique adapté, conseils…). L’idée essentielle est qu’expérimenter par soi-même est toujours plus instructif et s’inscrit davantage dans la mémoire.

Carl Rogers a été à la fois un penseur, un chercheur, un explorateur et un praticien du développement humain, au travers de la communication interpersonnelle. Il a osé sortir des sentiers battus de son époque dans le domaine de la psychologie, quitte à prendre le risque d’être à contre-courant, se laissant guider par sa liberté de pensée et les résultats pragmatiques de ses travaux.

Ses recherches ont eu des répercussions concrètes et durables dans de nombreux domaines : les techniques d’entretiens, la relation d’aide, la résolution de conflits, la psychothérapie, la dynamique des groupes, le leadership, l’enseignement, la formation professionnelle…

Les principaux concepts d’efficacité relationnelle qu’il a développés et expérimentés reçoivent de plus en plus de validation par les neurosciences.

Thomas Gordon, dont le cabinet GORDON CROSSINGS diffuse et enseigne les différentes méthodes en amélioration des relations humaines, fut un élève et un proche de Carl Rogers et l’un des principaux développeurs de sa pensée et de son approche.